95 % des Français veulent mieux comprendre la finance, mais un sur trois seulement sait quoi faire de son épargne

Les Echos 

Publié le 28 août 2026 à 17:35

Les Français épargnent beaucoup mais investissent peu, faute de connaissances financières. Ce déficit freine leur autonomie, notamment chez les femmes et les jeunes. Les acteurs privés, encadrés, peuvent compléter les efforts publics pour rendre l’éducation financière plus accessible et éviter les dérives promotionnelles constatent Anne Gaignard, directrice générale de Place des Investisseurs et Chloé Amiouni, directrice du pôle digital de Shan.

Les Français épargnent massivement, mais cette épargne est souvent  mécomprise par ceux qui la constituent. Un Français qui ne saisit pas les mécanismes de l’investissement ne fait pas de mauvais choix, il s’abstient. Ce n’est pas seulement de la prudence, c’est le résultat d’un déficit d’éducation financière qui continue de priver des millions de personnes de leur autonomie financière ou pour le moins de les rendre passifs sur leurs choix d’investissement.

Ce déficit est connu et documenté. Le baromètre SPAK-OpinionWay de mars 2026 indique que 95 % des Français souhaitent mieux comprendre les questions économiques et financières. Pourtant, seul un tiers déclare savoir précisément quoi faire en matière d’épargne et d’investissement, un chiffre en recul de sept points en un an.

L’apprentissage se trouve relégué par défaut à la cellule familiale, au sein de laquelle l’éducation reçue n’est jugée satisfaisante que par un Français sur deux selon une enquête Allianz-Ifop de mai 2026. 

Ce décalage ne frappe pas tout le monde de la même façon. Les femmes en supportent la
charge la plus lourde. Selon une étude de l’AMF publiée en 2025, seules 24 % d’entre elles investissent en Bourse, contre 45 % des hommes. 71 % déclarent avoir besoin d’être guidées par un conseiller pour prendre des décisions financières, contre 59 % des hommes. Ces écarts sont le produit d’un système qui continue à ne pas suffisamment adresser ce public.

L’éducation financière se joue tout au long de la vie

Les pouvoirs publics ont pris la mesure du sujet : stratégie nationale de la Banque de France, passeport Educfi en quatrième à la rentrée 2026, plan AMF pour les femmes investisseurs à partir de 2027. Ces initiatives méritent d’être saluées, mais elles ne peuvent pas tout couvrir. L’éducation financière se joue tout au long de la vie, sur des canaux que les institutions publiques n’atteignent pas seules. Ici commence la responsabilité des acteurs du secteur privé : non pas pour se substituer aux institutions, mais pour étendre leur portée là où celles-ci s’arrêtent.

C’est précisément ce qu’ont démontré les créateurs de contenu financier : ils ont rendu la finance tangible et accessible sur les canaux où se trouve désormais le public que les voix traditionnelles ne parvenaient plus à atteindre. Ce canal n’est plus émergent ; il est établi. La véritable question n’est donc plus de savoir s’il faut y investir, mais de comprendre les concepts de base pour investir de manière responsable et en toute
sécurité.

Car la frontière entre éducation et promotion est ténue comme nous le rappelle le critère de neutralité mis en avant par le label Educfi. Les escroqueries financières touchent déjà 36 % des 18-24 ans et 39 % des 25-34 ans. C’est cette réalité qui rend indispensable l’implication d’acteurs établis : là où le canal présente un risque s’il est laissé à lui-même, des professionnels, soumis à des règles et à une obligation de transparence, en font un outil fiable d’éducation financière.

« L’éducation financière est un enjeu d’autonomie pour chaque Français, quel que soit son âge, son genre ou son point de départ. »

L’accord politique de décembre 2025 sur le Retail Investment Strategy confirme la direction : les communications diffusées via des tiers rémunérés entrent dans le champ de responsabilité des intermédiaires financiers. Le phénomène des finfluenceurs devient un levier encadré.

Les Français épargnent-ils mal ?

C’est tout un écosystème qui doit se structurer : plateformes d’investissement, associations d’épargnants, communautés d’investisseurs, directions de communication et leurs conseils. Chacun peut atteindre le public là où les initiatives publiques ne l’atteignent pas seules. Ensemble, ils couvrent la chaîne.

L’éducation financière est un enjeu d’autonomie pour chaque Français, quel que soit son âge, son genre ou son point de départ. Pour avoir un impact massif, il appartient aux acteurs publics et privés de continuer à s’en emparer, par tous les leviers disponibles : médias traditionnels, nouveaux médias, finfluenceurs.

Anne Gaignard et Chloé Amiouni

 

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