Source : Zonebourse.com, Olivier Decarre, « Recherche financière : faut-il vraiment se fier aux analystes les plus en vue sur les réseaux ? » (12 octobre 2026).
Un profil LinkedIn flatteur et des milliers d’abonnés : est-ce le signe d’un bon analyste financier ? Une étude universitaire chinoise suggère plutôt l’inverse. Zonebourse en a fait écho le 12 octobre 2026. Les résultats invitent à la prudence.
Une étude sur près de 2 500 analystes
Les chercheurs viennent de l’École d’économie et de gestion de l’Université Tsinghua, à Pékin. Leur étude s’intitule « Empty vessels make the most noise ». Une façon imagée de dire que ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit.
Voici comment ils ont procédé :
- ils ont analysé les profils LinkedIn de 2 472 analystes ;
- ces analystes font partie des quelque 6 000 qui ont publié des estimations de résultats sur des sociétés cotées américaines entre 2021 et 2023 ;
- ils ont mesuré la façon dont chacun se présente : densité du profil, éléments de valorisation, informations sur le parcours personnel, nombre d’abonnés ;
- ils ont ensuite comparé ces éléments à la qualité des prévisions financières publiées.
Le constat : plus c’est flatteur, moins c’est précis
Les auteurs observent une forte corrélation négative entre le ton de l’autoprésentation et la précision des prévisions. Plus la présentation est flatteuse, moins les projections sont fiables.
Pour eux, ce n’est pas un excès de confiance en soi. Il s’agit plutôt d’une gestion stratégique de l’image. Les analystes soumis à une forte concurrence, ou avec peu d’avantage en matière d’information, auraient tendance à privilégier une autoprésentation flatteuse plutôt qu’une performance vérifiable.
Les réseaux sociaux paient, pour les analystes
L’étude relève aussi deux effets concrets :
- Du côté des investisseurs. Ils réagissent davantage aux signaux positifs des analystes les plus visibles. Selon les auteurs, cela peut créer de brèves distorsions sur les prix ;
- Du côté des employeurs. Les analystes aux prévisions imprécises mais à l’aise dans l’autopromotion affichent généralement parmi les meilleurs taux de progression de carrière.
Une corrélation, pas une preuve
Un point de rigueur s’impose. Les chercheurs ont mis en évidence une corrélation, pas une causalité directe. Ils comptent sur de futures recherches pour approfondir la question. Et l’étude porte sur des analystes qui suivent des sociétés américaines, sur la période 2021-2023.
Cela dit, la conclusion fait réfléchir : dans la finance comme ailleurs, le faire-savoir peut parfois l’emporter sur le savoir-faire.
Ce que cela signifie pour les investisseurs individuels
Pour Place des Investisseurs, cette étude rejoint un message que nous répétons souvent. Le nombre d’abonnés n’est pas un gage de compétence.
Face à un avis très en vue, quelques réflexes aident :
- recouper l’information avec plusieurs sources ;
- remonter aux documents de référence de l’entreprise, comme les résultats et les communiqués officiels ;
- regarder les performances passées vérifiables de l’analyste, pas son image ;
- se méfier des avis qui promettent beaucoup avec assurance.
L’AMF a d’ailleurs lancé en 2023, avec l’ARPP, un certificat de l’influence responsable dans la finance. Une preuve que le sujet est pris au sérieux.
Pour aller plus loin :