Les petits porteurs malmenés par Elon Musk
Le 12 juin, l’action SpaceX fera ses premiers pas sur le Nasdaq.
SpaceX, société fondée en 2002 par Elon Musk, ce sont d’abord des chiffres, gros et moins gros. Le premier document publié en vue de cette IPO historique augure d’une capitalisation d’environ 2 000 Md$ qui serait la 6 ou 7e des États-Unis alors que fin 2025, les estimations « privées » ne dépassaient pas 800 Md$.
Le « marché total adressable » est chiffré à 28 500 Md$, presque le PIB des États-Unis.
« Notre mission est de construire les systèmes et les technologies nécessaires pour rendre la vie multiplanétaire, comprendre la véritable nature de l’univers et étendre la lumière de la conscience jusqu’aux étoiles », s’enflamme SpaceX.
En attendant, si le CA a pris 33 % en 2025, il se limitait à 18,70 Md$ et ces trois dernières années, les pertes nettes cumulées avoisinent 9 Md$. Le conglomérat spatial gagne beaucoup d’argent avec sa branche Connectivity (le réseau satellitaire Starlink), un peu avec Space (les fusées) et en perd énormément avec la dernière : AI (xAi, X, Grok), qui, dédiée à l’intelligence artificielle, concentre la majorité des investissements et 93 % des 28 500 Md$ précités.
Bref, la valorisation de SpaceX « repose sur des hypothèses très ambitieuses et son modèle mélange fusées, satellites, télécoms, intelligence artificielle et rêve martien », résume John Plassard, stratégiste de Cité Gestion, et aussi sur la personne d’Elon Musk.
Quid des actionnaires minoritaires ?
SpaceX leur réserve jusqu’à 30 % des 75 Md$ qu’il compte lever à l’occasion de l’IPO pour financer ses investissements. Apporter de l’argent sera le seul privilège qui leur sera accordé. En effet, les carences de gouvernance sont d’ores et déjà patentes.
En 2024, SpaceX a déménagé son siège social du Delaware au Texas, où le droit et les juges sont moins favorables aux minoritaires.
Détenteurs d’actions non cotées de classe B dotées de 10 voix, contre une seule pour les actions cotées de classe A, l’indéboulonnable PDG Elon Musk et ses associés initiaux contrôleront très largement les AG, ainsi qu’un conseil d’administration aux pouvoirs réduits où les membres indépendants seront rares. Les minoritaires n’auront donc pas voix au chapitre.
La lettre regrette amèrement qu’une grande entreprise faisant appel à l’épargne comme SpaceX bafoue aussi ouvertement le principe « une action, une voix » et les équilibres élémentaires de gouvernance.
Emmanuel Gentilhomme
Achevé et rédigé le 27/05/2026
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