Diversifiez de manière sélective au sein des actions mondiales
JP Morgan AM, 03/12/2025
Il est important de noter que la diversification régionale ne permet pas seulement d’atténuer les risques ; elle peut également améliorer les rendements.
Alors que les responsables politiques du monde entier renforcent la dynamique économique, nous sommes positifs quant à un élargissement de la croissance mondiale. Ces perspectives économiques devraient soutenir les marchés boursiers en dehors des États-Unis. Les investisseurs devraient donc veiller à ce que leurs portefeuilles ne soient pas trop concentrés sur les valeurs technologiques américaines (voir le chapitre Gérez avec prudence la concentration du portefeuille dans le secteur technologique), même si la hausse des cours outre-Atlantique pourrait se poursuivre en 2026.
Il est important de noter que la diversification régionale ne permet pas seulement d’atténuer les risques ; elle peut également améliorer les rendements. La diversification contribuera bien sûr à protéger les portefeuilles contre le risque d’un repli du sentiment à l’égard de l’IA et de la correction de marché qui pourrait en découler. Mais la diversification peut aussi stimuler les rendements dans un monde où la progression haussière des valeurs liées à l’IA se poursuit, comme nous l’avons vu en 2025 (voir le graphique 17).
En 2026, il conviendra de privilégier les marchés dont les fondamentaux s’améliorent, ainsi que, dans une certaine mesure, ceux qui sont moins corrélés au sentiment lié à l’IA. Les rendements seront probablement de plus en plus tributaires des bénéfices plutôt que de la croissance des multiples, dans la mesure où les valorisations des actions sont élevées dans de nombreuses régions (voir le graphique 18). Les investisseurs doivent également prendre en compte l’impact des mouvements de change sur les rendements.
Graphique 17 : La diversification régionale a porté ses fruits en 2025
Rendement total depuis le début de l’année
% de rendement total en EUR
Source : BME, FTSE, LSEG Datastream, MSCI, Russell, S&P Global, STOXX, Bourse de Tokyo, J.P. Morgan Asset Management. Les valeurs utilisées pour la Chine, le secteur technologique chinois et l’Europe hors Royaume-Uni proviennent de l’indice MSCI. Banques européennes : STOXX 600 Banks ; défense européenne : panier d’actions européennes de défense ; Italie FTSE MIB ; Japon : TOPIX ; Espagne : IBEX ; Royaume-Uni : FTSE 100 ; États-Unis : S&P 500 ; petites capitalisations américaines : Russell 2000. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats actuels et futurs. Données au 31 octobre 2025.
Graphique 18 : Les valorisations des actions sont élevées sur la plupart des marchés
Ratio P/E anticipé à 12 mois
x, multiple
Source : FTSE, IBES, LSEG Datastream, MSCI, S&P Global, Bourse de Tokyo, J.P. Morgan Asset Management. Les valeurs utilisées pour l’Asie hors Japon, la Chine, les marchés développés, les marchés émergents, l’Europe hors Royaume-Uni et le monde proviennent de l’indice MSCI. Japon : TOPIX ; Royaume-Uni : FTSE 100 ; États-Unis : S&P 500. La valorisation correspond au ratio cours/bénéfices anticipés à 12 mois, tel publié par IBES. Fourchette et médiane calculées sur les 20 dernières années. Données au 31 octobre 2025.
Valeurs européennes : des bénéfices en hausse
Les actions européennes ont bien commencé l’année 2025, grâce à l’important écart de valorisation avec les États-Unis, un sous-positionnement en Europe et un changement radical de la politique budgétaire allemande. Mais les bénéfices décevants ont entraîné un ralentissement des performances depuis juin.
Après sept mois de révisions à la baisse, les estimations de bénéfice par action (BPA) européen semblent s’inverser pour 2026 et les prévisions ascendantes tablent sur une croissance de 12 % en glissement annuel. Une croissance comprise entre 4 et 6 % nous semble plus réaliste et cohérente avec le rythme habituel des révisions à la baisse du consensus.
Le principal moteur de la croissance des bénéfices devrait être un ralentissement ou un arrêt probable de l’appréciation de l’euro en 2026. Cela devrait aider les entreprises européennes, car environ la moitié de leur chiffre d’affaires provient de leurs activités à l’international. L’euro s’est apprécié de manière significative par rapport au dollar américain en 2025. Ce phénomène s’explique davantage par la faiblesse du dollar que par de meilleures perspectives de croissance européennes. Cette appréciation de l’euro a contribué à une révision à la baisse de 17 % des estimations de BPA pour 2025 dans les secteurs exportateurs européens, tandis que les secteurs domestiques ont vu leurs estimations relevées de 1 % (voir le graphique 19).
Graphique 19 : Les entreprises tournées vers l’export et liées aux matières premières ont fortement freiné les bénéfices en 2025
Estimations des bénéfices pour 2025
Niveau d’indice, base 100 au 31 octobre 2024
Source : IBES, LSEG Datastream, STOXX, J.P. Morgan Asset Management. Les secteurs domestiques sont ceux qui génèrent plus de 50 % de leur chiffre d’affaires en Europe. Les secteurs exportateurs sont ceux qui génèrent moins de 50 % de leur chiffre d’affaires en Europe. Données au 31 octobre 2025.
Par ailleurs, la plus grande stabilité des prix de l’énergie devrait également porter les bénéfices des sociétés européennes, compte tenu du poids des secteurs liés aux matières premières dans les revenus des entreprises incluses dans l’indice.
En Europe, les estimations de BPA de ces secteurs pour l’année 2025 ont été révisées à la baisse de 27 % en raison de la baisse du cours du pétrole. En 2026, la croissance du BPA des secteurs de l’énergie et des matériaux devrait rebondir à 7 et 31 %, respectivement, et les dernières révisions sont à la hausse.
Ce n’est pas seulement la dissipation des vents contraires qui devrait permettre un retour à la croissance des bénéfices européens. L’économie européenne pourrait également surprendre à la hausse. Les prévisions de croissance du PIB de la zone euro sont déjà orientées à la hausse, et la politique budgétaire devrait apporter un soutien supplémentaire, en particulier en Allemagne où nous anticipons une progression de la croissance, de zéro à un niveau nettement supérieur au potentiel (voir le chapitre Une croissance portée par les politiques monétaires et budgétaires).
Toujours « moins cher », voire franchement bon marché
Les valorisations européennes restent attractives par rapport aux actions américaines et aux autres actifs. L’indice MSCI Europe ex-UK est le seul indice boursier majeur dont le ratio P/E anticipé à 12 mois est actuellement inférieur à ce qu’il était début 2022 (voir le graphique 20). Les multiples européens sont actuellement 35 % inférieurs à ceux des États-Unis, ce qui est proche du plus grand écart jamais enregistré. Cependant, l’écart de croissance des bénéfices entre les deux régions se rétrécit. Après la crise financière mondiale, les bénéfices des entreprises américaines ont augmenté en moyenne 8 points de pourcentage plus vite que les bénéfices de leurs homologues européennes (en annualisé), mais cet écart devrait se réduire à 2 points de pourcentage entre 2025 et 2027. Ainsi, selon les prévisions actuelles du consensus, les investisseurs peuvent payer un multiple de 16x les bénéfices anticipés en Europe (hors Royaume- Uni), ou de 23x aux États-Unis, pour des bénéfices attendus relativement similaires.
Graphique 20 : L’Europe est l’une des rares régions où les valorisations n’ont pas enregistré de croissance depuis 2022
Décomposition des rendements depuis début 2022
%, sources de rendement total en monnaie locale
Source : FTSE, IBES, LSEG Datastream, MSCI, S&P Global, Bourse de Tokyo, J.P. Morgan Asset Management. Les valeurs utilisées pour la Chine, les marchés émergents et l’Europe hors Royaume-Uni proviennent de l’indice MSCI. Japon : TOPIX ; Royaume-Uni : FTSE 100 ; États-Unis : S&P 500. Les performances sont exprimées en devises locales (Europe hors Royaume-Uni en EUR), à l’exception de celles des marchés émergents qui sont exprimées en dollars américains. Les multiples correspondent au ratio cours/bénéfices anticipés à 12 mois et les prévisions de bénéfices anticipés sont à 12 mois, tels que publiés par IBES. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats actuels et futurs. Données au 31 octobre 2025.
Rester sélectif
Bien que nous soyons globalement positifs sur l’Europe, nous recommandons néanmoins aux investisseurs de rester sélectifs et de se concentrer sur trois segments principaux : les banques, les bénéficiaires des politiques budgétaires et les GRANOLAS2
Premièrement, les valeurs bancaires européennes sont attractives. Malgré un rendement de près de 200 %, dividendes compris, depuis le début de 2022, nous pensons que le secteur bénéficie encore de vents favorables. Les valeurs bancaires européennes se négocient à un ratio cours/valeur comptable raisonnable de 1,1x, ce qui est bien en dessous de leur moyenne d’avant la crise financière mondiale, et offrent un rendement solide pour les actionnaires (rachats plus dividendes) de 8 %. La croissance des bénéfices a été plus de deux fois supérieure à celle de l’indice depuis 2019, et les prévisions révisées du consensus pour le BPA de 2026 montrent que cette robustesse devrait perdurer. Une croissance nominale plus forte et des courbes de rendement plus pentues que dans les années 2010 devraient également soutenir les bénéfices bancaires.
Deuxièmement, les bénéficiaires des politiques budgétaires semblent bien positionnés. L’Union européenne prévoit de dégager des fonds importants pour la défense, la sécurité énergétique et les infrastructures au cours des prochaines années. Les entreprises de ces secteurs ont fortement progressé : un panier de valeurs européennes de la défense affiche une hausse de plus de 100 % depuis le début de l’année, et les entreprises de biens d’équipement impliquées dans les infrastructures liées à l’IA et les services publics ont également enregistré de fortes avancées. Nous pensons que ce rallye peut se poursuivre, car les investisseurs restent, selon nous, sceptiques quant à la mise en œuvre des dépenses européennes. Les entreprises européennes du secteur de la défense devraient enregistrer une croissance de leurs bénéfices bien plus rapide que leurs homologues américaines au cours des prochaines années. Comparée à la croissance des dépenses militaires, la récente hausse des valorisations semble plus raisonnable.
Troisièmement : les GRANOLAS affichent un retard de performance, mais restent attractives. Ces entreprises, qui représentent les 11 plus grandes capitalisations européennes des secteurs de la santé, des produits de première nécessité, de la technologie et du luxe, ont sous-performé depuis début 2022 alors que les rendements ont fortement augmenté, que l’euro s’est renforcé et que la croissance en Chine a ralenti. Affichant désormais un ratio P/E anticipé de 19x, les GRANOLAS se négocient avec une décote par rapport au S&P 500 et avec une prime plus faible qu’au cours des dernières années par rapport au reste de l’Europe. Ils offrent une couverture contre les variations du sentiment lié à l’IA, leur corrélation avec les Sept Magnifiques étant faible. Certains facteurs propres aux secteurs concernés pourraient également s’améliorer. Les entreprises européennes du secteur du luxe, qui ont sous-performé de près de 25 % depuis début 2023, pourraient profiter d’une reprise de la demande chinoise du fait de la remontée des actions et de la reprise du marché immobilier, qui contribuent à stabiliser la richesse des ménages.
Chine : une perspective d’investissement dans l’IA à un prix plus raisonnable
Nos perspectives sont modérément positives à l’égard de la Chine. Alors que le marché chinois a progressé de près de 80 % depuis son plus bas début 2024, nous pensons que la hausse peut continuer, quoiqu’à un rythme plus modéré, porté à la fois par les bénéfices et les valorisations.
Focus sur la tech et les exportateurs
Le contexte sous-jacent s’améliore pour les actions chinoises, grâce au secteur technologique. Selon les prévisions du consensus, la croissance du BPA de l’indice MSCI China devrait passer de 2 % en 2025 à 15 % en 2026 et en 2027, ce qui est bien au-dessus de la moyenne de 10 % enregistrée au cours de la dernière décennie. Les entreprises technologiques sont les principaux moteurs de cette croissance des bénéfices : les prévisions du consensus concernant le BPA du secteur technologique chinois pour l’année 2026 ont été révisées à la hausse de 4 % cette année, et la croissance annualisée des bénéfices devrait dépasser les 30 % au cours des deux prochaines années. Les actions technologiques chinoises se négocient à des multiples inférieurs à ceux de leurs homologues américaines (25x contre 31x les bénéfices anticipés), tout en étant censées afficher une croissance des bénéfices plus forte.
Les entreprises de la tech chinoises sont également bien placées pour tirer parti du développement de l’IA. Dans un récent sondage, 93 % des Chinois ont déclaré utiliser de manière intentionnelle l’IA au travail en 2024, contre 67 % aux États-Unis.2 La capacité des centres de données devrait croître plus rapidement en Chine qu’aux États-Unis au cours des prochaines années (voir le graphique 21). Nous pensons que la Chine rencontrera moins de contraintes réglementaires susceptibles de freiner une adoption généralisée de l’IA que d’autres pays, qui pourraient privilégier une approche plus réfléchie et donc plus lente.
Graphique 21 : La Chine devrait construire des centres de données à un rythme soutenu
Prévisions de croissance de la capacité installée des centres de données technologiques.
%, de 2024 à 2030 (estimation)
Source : IEA, J.P. Morgan Asset Management. Données au 31 octobre 2025.
Les entreprises chinoises du secteur de la tech bénéficient également du soutien de l’État, dont le dernier plan quinquennal met l’accent sur la technologie. Le soutien public a déjà aidé certains secteurs industriels chinois, comme celui des véhicules électriques, à développer des économies d’échelle impressionnantes que les concurrents internationaux n’ont pas été en mesure d’égaler. Les véhicules électriques chinois représentent maintenant près des deux tiers des ventes mondiales (voir le graphique 22), et la part de la Chine dans les ventes européennes de ces véhicules est six fois plus élevée qu’en 2020.
Au-delà du secteur de la technologie, nous sommes optimistes sur les exportateurs chinois en général. Le gouvernement chinois continue de stimuler les secteurs qui ont sa préférence, dont beaucoup sont orientés vers l’exportation, comme la fabrication de panneaux solaires. Les efforts visant à réduire la concurrence excessive (à savoir la politique dite « anti-involution ») peuvent conduire à une consolidation dans des secteurs à forte concurrence, tels que la fabrication de véhicules électriques, et soutenir ainsi les marges des grandes entreprises.
Graphique 22 : La politique industrielle de Pékin a souvent des implications mondiales
Ventes mondiales de véhicules électriques
En millions
Source : IEA, J.P. Morgan Asset Management. Données au 31 octobre 2025
Les exportateurs chinois ont également démontré leur capacité à réacheminer leurs marchandises malgré la situation tendue sur le front du commerce international. Les exportations chinoises ont fortement augmenté en 2025. Les pertes de parts de marché aux États-Unis ont été plus que compensées par des gains ailleurs, en particulier sur les marchés émergents (voir le graphique 5 au chapitre Une croissance tirée par les politiques monétaires et fiscales). La Chine occupe également une position dominante dans les chaînes d’approvisionnement mondiales des terres rares, des panneaux solaires, des batteries au lithium et des véhicules électriques. Par conséquent, les secteurs tournés vers l’export devraient stimuler la croissance des bénéfices des entreprises de l’indice MSCI China en 2026. Le consensus table sur une croissance du BPA pour les secteurs technologique et de l’automobile avoisinant les 40 % pour le premier et dépassant les 80 % pour le second.
Deux risques majeurs pour notre scénario sur les actions chinoises sont le sentiment lié à l’IA et la réglementation chinoise. Si le sentiment envers l’IA s’affaiblit, les entreprises technologiques chinoises pourraient en souffrir en raison de leur corrélation avec les valeurs technologiques américaines. Et tout changement réglementaire des autorités chinoises, semblable à celui de fin 2021, pourrait interrompre la reprise du marché chinois, même si ce n’est pas notre scénario central.
Autres marchés émergents : la réorientation des exportations freine la progression
La résilience chinoise pourrait se faire au détriment des autres marchés émergents : une hausse soutenue des exportations chinoises vers d’autres pays risque de peser sur les bénéfices des marchés émergents autres que la Chine. Pour adopter une position plus positive, il faudrait constater une croissance plus solide des bénéfices dans les secteurs financier et des matières premières. Cependant, l’assouplissement général de la politique monétaire dans les marchés émergents limite la contribution des banques aux bénéfices, alors que les prix des matières premières devraient rester stables mais faibles.
Une exception à ce constat concerne l’Asie du Nord – la Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong. Ces marchés ont tendance à bien se comporter lorsque la Réserve fédérale réduit ses taux, en raison de leur nature cyclique et de leur concentration dans des secteurs à duration longue, tels que la technologie, les biens d’équipement et la santé.
Ces informations ne doivent pas être considérées comme un conseil en investissement ou une recommandation et ne constituent pas une sollicitation d’achat ou de vente de titres, de parts de fonds ou de services. L’investissement comporte des risques, notamment des risques de marché, politiques, de liquidité et de change. Les performances passées ne constituent pas une garantie ni une indication des résultats futurs.