L’écart est là, bien réel, et les chiffres ne mentent pas. Les femmes restent très minoritaires dans le monde de l’investissement et pas faute d’argent à placer. C’est l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) elle-même qui tire la sonnette d’alarme avec son nouveau plan d’éducation financière 2026-2028, dévoilé le 6 mai dernier.
Pourquoi un tel écart ?
Les raisons sont multiples et souvent plus culturelles qu’économiques. Certes, les revenus et patrimoines moyens des femmes restent inférieurs à ceux des hommes. Mais au-delà des chiffres, c’est la confiance qui fait défaut : 50 % des femmes ne s’informent pas sur la Bourse (contre 27 % des hommes), et seulement 28 % se déclarent compétentes en matière d’épargne et de placements, contre 51 % des hommes.
En clair : le problème n’est pas une question de capacité. C’est une question de codes, de représentations et de confiance. Le monde de la finance a longtemps parlé un langage qui excluait beaucoup de personnes (femmes, jeunes….) souvent sans le savoir.
Des signaux encourageants, enfin
Depuis 2023, la tendance s’inverse doucement. Chez les femmes de moins de 35 ans en CSP+, 48 % investissent déjà et 61 % acceptent une part de risque. Mieux encore : 46 % des femmes déclarent désormais choisir seules leurs placements, un niveau équivalent à celui des hommes. Ce n’est plus une exception, c’est une évolution structurelle.
Le plan AMF 2026-2028 en action
L’AMF ne s’arrête pas au constat. Le plan prévoit des actions concrètes, calendariées, et mesurables :
- Octobre 2026 — Campagne nationale Une campagne spécifique « femmes et investissement » pour déconstruire les idées reçues à grande échelle.
- Septembre 2026 — Étude qualitative approfondie Identifier précisément les freins et les leviers pour adapter les messages et les outils.
- Espace dédié sur le site AMF Des ressources pédagogiques pensées pour les femmes : simulateurs, guides pratiques, PEA, PEA-PME…
- Partenariats avec l’Éducation nationale Démythifier l’investissement dès le plus jeune âge, avant que les stéréotypes ne s’installent.
Ce que ça change pour les marchés
Au-delà de l’équité, l’enjeu est aussi économique. Les femmes qui investissent affichent une sensibilité plus forte pour l’investissement à impact et les critères ESG, et des comportements souvent plus stables sur le long terme. Leur arrivée plus massive sur les marchés pourrait réduire la volatilité des petites et moyennes capitalisations et renforcer la liquidité secondaire.
Pour les sociétés cotées, c’est aussi un signal fort : soigner sa communication extra-financière, améliorer sa gouvernance et diversifier sa base actionnariale n’est plus optionnel. C’est une stratégie de croissance.
En mobilisant pleinement le potentiel d’épargne des femmes, la France et l’Europe peuvent renforcer le financement de l’innovation et des PME/ETI, piliers de notre souveraineté économique. Le chantier commence maintenant.