La retraite par répartition suffira-t-elle encore demain ? L’AFG (Association Française de la Gestion financière) en doute. En effet, dans un livre blanc publié en juin 2026, elle plaide pour un vrai complément par capitalisation, ouvert à tous les salariés du privé.
Ce n’est d’ailleurs pas une première pour l’association. Dix ans plus tôt, en 2016, l’AFG avait déjà contribué à la création du PER. Cette fois, elle veut aller plus loin.
Un système très dépendant de la répartition
Tout d’abord, le constat de départ est sans appel. En France, la répartition finance plus de 95 % des ressources des retraités. À titre de comparaison, elle ne représente que 83 % en moyenne dans l’OCDE (l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques).
Mais quel est le problème ? Le rapport entre actifs et retraités se dégrade année après année. Il était de 2,79 en 1980. Il est ensuite tombé à 1,8 en 2020. Et il pourrait descendre jusqu’à 1,4 en 2070. Autrement dit, de moins en moins d’actifs financent de plus en plus de retraités.
Le PER, un vrai succès à généraliser
Bonne nouvelle, cependant : le PER (Le Plan d’Épargne Retraite), créé en 2019, fonctionne bien. Près de 13 millions de Français en détiennent un aujourd’hui, pour un encours total de 141,1 milliards d’euros fin septembre 2025.
Pour autant, tout n’est pas réglé. Ce produit reste en effet facultatif. Résultat : les PME restent largement à la traîne. Concrètement, la moitié des entreprises de plus de 1 000 salariés proposent un PER collectif, contre moins de 7 % chez les entreprises de 10 à 49 salariés.
Deux propositions concrètes
Pour aller plus loin, l’AFG formule donc deux recommandations précises.
La première consiste à créer un nouveau régime complémentaire obligatoire, réservé aux salariés du secteur privé. Inspiré du modèle suédois, il reposerait sur un compte individuel pour chaque salarié, avec une gestion pilotée selon l’âge, ainsi qu’une gouvernance confiée aux partenaires sociaux.
La seconde, quant à elle, vise à généraliser le PER collectif dans toutes les entreprises d’au moins 11 salariés, via des mécanismes d’adhésion automatique. L’objectif est simple : ne plus laisser ce choix reposer uniquement sur la bonne volonté de l’employeur.
Où en sont vraiment les Français ?
Autre enseignement marquant du livre blanc : les Français épargnent, mais mal. En effet, leur patrimoine financier reste massivement composé de liquidités (43 %) et de fonds euros en assurance-vie (27 %). À l’inverse, les actions cotées ne représentent que 6 % en détention directe, et 19 % en intégrant les fonds d’investissement.
Or, aux États-Unis ou en Suède, ce taux grimpe entre 40 % et 50 %. Un écart loin d’être anodin : ainsi, sur les douze dernières années, la performance de l’épargne financière des Français plafonne à 2,3 % par an en moyenne, à peine au-dessus de l’inflation.
Ce que font nos voisins européens
Sur ce point, la France fait figure d’exception en Europe. Aux Pays-Bas par exemple, la capitalisation finance plus de 40 % des revenus des retraités. Au Danemark, les fonds de pension pèsent quant à eux près de 200 % du PIB. En Suède enfin, chaque actif reçoit chaque année un bilan personnalisé de ses droits à la retraite.
Autre exemple parlant : au Royaume-Uni, l’adhésion automatique aux régimes par capitalisation, couplée à une option de sortie, a permis d’atteindre un taux de couverture proche de 90 %. C’est justement une piste que l’AFG regarde de près pour la France.
Ce qu’en pensent les Français
Sans surprise, les Français restent très attachés au principe de solidarité de la répartition. Ainsi, 90 % d’entre eux veulent le conserver. Mais dans le même temps, sept Français sur dix jugent que le système actuel ne peut pas perdurer en l’état.
Fait notable, toutefois : la capitalisation ne fait plus vraiment débat. 68 % des cadres s’y disent favorables, mais aussi 57 % des employés. Un vrai changement de regard, donc, porté notamment par une perception plutôt positive des marchés actions sur le long terme.
Ce que cela signifie pour les investisseurs individuels
Pour Place des Investisseurs, ce livre blanc illustre finalement un enjeu que l’association porte depuis longtemps : sensibiliser les Français à l’investissement long terme, en particulier via l’épargne retraite. Comprendre les mécanismes du PER, ses avantages fiscaux, et le rôle de la gestion pilotée, c’est déjà se donner les moyens de mieux préparer sa retraite.
Quel que soit l’avenir de ces propositions, une chose est sûre : plus les épargnants seront informés tôt, mieux ils pourront tirer parti des dispositifs existants, PER en tête.
Pour aller plus loin :