Un placement « vert », c’est quoi exactement ? La question paraît simple. Elle ne l’est pas. C’est ce que confirme la commission Système financier et financement de l’économie du Cnis, réunie le 20 mai 2026 autour d’une question centrale : quelle typologie pour les investissements verts ?
Le constat est clair. Malgré des années de réglementation, aucune définition commune ne fait encore consensus.
Des méthodologies encore trop hétérogènes
Premier enseignement de cette séance : les investisseurs français utilisent des définitions très différentes pour qualifier un actif de « vert » ou de « durable ». Certains s’appuient sur des standards internationaux, comme ICMA ou CBI. L’ICMA (International Capital Market Association) fixe ainsi des principes de bonne pratique pour l’émission d’obligations vertes, tandis que la CBI (Climate Bonds Initiative) va plus loin, avec sa propre taxonomie et un système de certification indépendant. D’autres investisseurs, eux, développent leurs propres méthodologies internes.
Résultat : il n’existe aucun référentiel commun et partagé à l’échelle du secteur. La taxonomie européenne, elle, reste peu utilisée dans les faits. Elle sert surtout à remplir des obligations de reporting, rarement à orienter de vraies décisions d’investissement.
Des chiffres parfois peu fiables
Autre révélation marquante de la séance : les données extra-financières utilisées par les investisseurs souffrent d’importantes incohérences. Prenons les « émissions financées », l’indicateur climat le plus utilisé par le secteur. Pour une même année, déclarée deux années de suite, l’écart peut atteindre 1 milliard de tonnes de CO₂. Un écart colossal, aussi bien chez les assureurs que chez les sociétés de gestion.
Le piège de la « décarbonation en trompe-l’œil »
Un phénomène retient particulièrement l’attention des experts présents : la « paper decarbonisation ». Concrètement, un portefeuille peut afficher une empreinte carbone en baisse simplement parce que l’investisseur s’est désengagé des secteurs les plus polluants. Sans que l’économie réelle, elle, ne se décarbone pour autant.
En clair, une belle performance climatique sur le papier ne veut pas toujours dire un vrai impact sur le terrain.
L’Indicateur Climat de la Banque de France, une piste sérieuse
Face à ces limites, un outil se distingue : l’Indicateur Climat, développé par la Banque de France avec l’Ademe. Sa particularité ? Il s’appuie sur des données physiques, et non uniquement financières. Il est aussi gratuit pour les entreprises.
Concrètement, cet indicateur combine plusieurs briques : une notation des trajectoires de décarbonation, une évaluation de la maturité climatique des entreprises, et un outil de diagnostic sur l’exposition aux risques climatiques. L’objectif à terme : couvrir 60 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, d’ici fin 2027.
Les obligations vertes tiennent enfin leurs promesses
Bonne nouvelle, tout de même. Une étude récente de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), publiée en mars 2025, apporte un résultat encourageant. Contrairement à ce qu’on pensait en 2020, les entreprises qui émettent des obligations vertes aujourd’hui réduisent bel et bien davantage leurs émissions que leurs concurrentes.
Un vrai changement de tendance. Il s’explique notamment par des exigences de reporting plus strictes, portées en partie par l’arrivée du secteur public sur ce marché.
Ce que cela signifie pour les investisseurs individuels
Pour Place des Investisseurs, ce débat rappelle une règle essentielle. Un label « vert » ou « ISR » (Investissement Socialement Responsable) ne garantit pas automatiquement un impact environnemental réel. Les méthodologies varient. Les indicateurs peuvent être trompeurs. Et même les investisseurs professionnels peinent encore à s’accorder sur une définition commune.
D’où l’importance de rester vigilant, et de se former, avant de choisir un placement présenté comme durable. Comprendre les grandes limites de ces indicateurs, c’est déjà un premier pas vers un investissement plus éclairé.
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