Lyon, le 10 juillet 2025
France : conjoncture économique & perspectives boursières
Une croissance française en dessous de son rythme de croisière
Jérôme Boumengel
Directeur de la recherche, TrendFi Expertise
Selon notre consensus réalisé auprès d’une dizaine d’institutions, les prévisions pour la France concernant la croissance du PIB et l’inflation font état d’une croissance poussive et d’une pression inflationniste très faible (sous 0,5 % hors énergie) pour 2025 et d’un léger rebond économique avec une inflation toujours contenue et bien en dessous des objectifs pour 2026.

Les prévisions de croissance du PIB pour les prochaines années demeurent inférieures à la moyenne observée sur la dernière décennie (voir graphique ci-après). Autrement dit, l’économie française évolue toujours en deçà de son rythme de croisière : elle peine à retrouver une dynamique de croissance soutenue, malgré la normalisation post-COVID et la désinflation en cours.

Cette croissance molle n’est pas sans conséquence. Sur le plan de l’emploi, elle ralentit la baisse du chômage. Du côté des finances publiques, cette activité en sous-régime freine mécaniquement la progression des recettes fiscales, rendant plus difficile l’ajustement budgétaire. Enfin, en l’absence d’un rebond significatif de la croissance, la soutenabilité de la dette publique pourrait se dégrader, les taux d’intérêt à long terme restant structurellement au-dessus du taux de croissance.
Ce contexte appelle donc une vigilance particulière quant aux facteurs de compétitivité et de productivité, faute de quoi la France pourrait durablement s’installer dans une trajectoire de croissance insuffisante pour répondre à ses enjeux économiques et sociaux.
Une croissance en recul pour 2025, mais des atouts pour la Bourse de Paris
La croissance économique française attendue pour 2025 s’annonce atone, et cette perspective s’est déjà traduite dans les anticipations des analystes financiers. Le consensus prévoit désormais une baisse des bénéfices des entreprises cotées à Paris de -5,5 % en rythme annuel (voir graphique ci-après).

Pourtant, cette faiblesse conjoncturelle ne condamne pas nécessairement la performance des marchés actions. Plusieurs éléments peuvent jouer un rôle de soutien et contrebalancer l’effet d’une croissance modérée.
En premier lieu, la politique monétaire de la Banque centrale européenne reste un facteur clé. Si la BCE maintient son orientation accommodante, voire décide de baisser encore ses taux directeurs, cela pourrait favoriser les actifs risqués, dont les actions, en dépit du contexte économique peu dynamique.
Ensuite, la valorisation actuelle des actions françaises constitue un autre point de soutien. Elle reste globalement attractive, ce qui pourrait inciter les investisseurs à maintenir, voire renforcer leur exposition au marché parisien. Cela renforce l’idée que la tendance haussière observée ces derniers mois pourrait se poursuivre.
Du point de vue macroéconomique, les dernières estimations sur le PIB nominal au deuxième trimestre 2025 confirment cette lecture. L’écart entre la croissance du PIB nominal et celle de la capitalisation boursière en France est désormais quasi nul (voir graphique ci-après). Autrement dit, les deux progressent au même rythme, ce qui suggère une valorisation de marché en ligne avec les fondamentaux économiques – ni excès ni bulle apparente.

Plus finement, les multiples de valorisation renforcent ce constat. Le ratio cours/bénéfices (P/E) prospectif du CAC 40 ressort à 13,4 fois les bénéfices attendus sur les douze prochains mois. Ce niveau est inférieur à la moyenne des cinq dernières années, qui se situe à 15 fois, et à peine au-dessus de la borne basse de 13 fois. Ce positionnement peut être interprété comme un signe de légère sous-valorisation (Cf. graphique ci-après).
Enfin, si l’économie parvient à rebondir en 2026, avec une croissance qui remonterait à 1 %, il est probable que les analystes révisent à la hausse leurs prévisions de résultats. Cela renforcerait encore l’attrait du marché actions français dans un contexte de valorisations raisonnables et de politique monétaire accommodante.

Sentiment de marché et indicateurs techniques au vert pour les actions françaises
Les perspectives de progression des actions françaises à moyen-long terme se renforcent, notamment à travers l’analyse des indicateurs de participation boursière. L’un des plus suivis, qui mesure la part des titres évoluant en tendance haussière, apporte un signal encourageant.
Après un retournement à la baisse observé en juillet 2024, cet indicateur avait atteint un point bas début 2025, avec moins de 30 % des actions françaises en tendance haussière (Cf. graphique ci-après). Depuis, la situation s’est nettement améliorée : plus de la moitié des titres sont désormais orientés à la hausse. Ce redressement suggère un retour progressif de la confiance des investisseurs.

Le sentiment de marché, de son côté, redevient clairement favorable aux actifs risqués. Un autre indicateur clé le confirme : la prime de risque sur les actions du CAC 40, calculée sur un horizon de 12 mois, s’établit actuellement à 4,20 %, soit en deçà de sa moyenne de long terme de 4,90 % (Cf. graphique ci-après).
Ce niveau relativement bas reflète une moindre exigence de rendement par rapport aux risques perçus, et traduit une appétence renouvelée pour les actions. Tant que cette prime de risque reste contenue sous son niveau moyen historique, l’environnement reste propice à une poursuite de la hausse des marchés actions français.

En résumé, les indicateurs techniques et le climat de marché confirment un contexte favorable à la poursuite de la dynamique haussière. Dans ce cadre, un dépassement des sommets historiques autour des 8 300 points apparaît comme un scénario crédible. Un tel franchissement ouvrirait alors la voie à une extension du mouvement en direction du seuil symbolique des 9 000 points.

Achevé de rédiger le 15/07/2025
Jérôme Boumengel
Directeur de la recherche, TrendFi Expertise